Kitchenette serpentine

[ intervention ] service public, petite enfance, espace, produit

Date
2016
Délai
2 mois
Lieu
Bordeaux, France
Sollicitation
Mairie de Bordeaux (service de la petit enfance)
Équipe
Cristian Escorza (psychologue)

Demande

Dans une démarche portée sur l'espace et le produit, comment intervenir pour améliorer les interactions au sein d'espaces multi-accueils ? Cas de la crèche n°4.

Livrable

Dans la salle principale de cette crèche, ce sont les pleurs et les disputes des enfants qui furent étudiées. Attention, les pleurs et les disputes ne sont pas forcément de mauvaises choses, d’une certaine manière l’expression des sentiments et la confrontation participent à l’épanouissement d’un individu et même du collectif. Cependant dans notre cas, leurs fréquences, leurs régularités, leurs raisons et leurs nombres nous interrogeaient sur leur pérennité. Il nous a fallu questionner des frictions qui touchaient aussi bien les adultes que les enfants, autant en terme d’espace que de fonction, de pédagogie, d’habitude, de manutention car, chacun de ces aspects s’est trouvé participer à une ambiance d'errance et de chamaillerie dans la salle principale.

Par exemple, les différents jeux avaient des contraintes de déploiement tel que les professionnels ne préféraient pas les proposer à l’utilisation (+?rendre accessible). De ce fait, les enfants erraient dans l’espace, manquant de sollicitation et se retrouvant malgré eux à enfreindre les règles de la crèche pour trouver une distraction ; voler le doudou du voisin, monter sur les tables, mordre etc.

Il s’est agi de penser une structure de jeu plus facilement déployable par les professionnels en vue des freins de manutention et des contraintes liées à la multi-fonctionnalité de la salle.

La structure permet de déployer un espace avec plus de points de jeu pour que les enfants ne s'attroupent plus sur une seule distraction et que tous puissent pratiquer, tester, découvrir et ne plus errer s’ils le souhaitent. Investir un jeu symbolique en forme serpentine a permis de créer des recoins qui donnent la possibilité d’ajouter des éléments associés au décors, invitant à imaginer l’ambiance du recoin et augmentant ainsi les points de jeu.

kitchenette serpentine
kitchenette serpentine

Démarche

Observations, entretiens, veille … et enfants en bas âge

Qui sont les acteurs ? Comment agissent-ils ? De quoi ont-ils besoin ? Comme nous le savons, la notion d’acteur concerne aussi bien les individus humains que non humains. Par exemple, les objets aussi sont des acteurs de l’expérience. Sans rentrer dans trop de détails, pour ne parler que des acteurs directs, nous avons ici les adultes, les enfants, les produits et leurs espaces. Comme d’habitude, observations, entretiens, veille et test sont de mise. Mais cette fois, la veille en science humaine fut particulière. Effectivement, observer un enfant de 1 à 3 ans est très intéressants mais, en ce qui concerne les entretiens, ce n’est pas du tout la même chose que pour les adultes. Évidemment, on peut toujours communiquer avec eux, trouver des astuces pour, comme l’utilisation d’images, de jeu, de langage des signes etc. mais, les résultats ne sont pas à traiter de la même façon, surtout dans un délai de 2 mois. Les différentes références bibliographiques en psychologie ou en psychologie de l’environnement pour les enfants en bas âges ont été d’une aide considérable. Beaucoup de lecture sur les différentes théories de pédagogie aussi. La collaboration avec différents spécialistes et professionnels en crèche, notamment le psychologue de l’équipe, fut incontournable !

Attention, il a fallu faire la différence entre tous les âges des enfants étudiés, car dans cette période, ils évoluent très vite et les besoins sont très variés selon les années et même les mois !

Des petits êtres mais non moins complexes

Les axes à retenir pour la conception furent nombreux ; répondre aux besoins physiologiques, satisfaire les besoins moteurs, satisfaire la conquête du langage, assurer la sécurité affective (se cacher et être vu),assurer le développement de l’autonomie, satisfaire les besoins sensoriels et d’exploration, penser un environnement qui évolue dans le temps et l’espace (les espaces doivent évoluer suivant les différents stades de la journée mais aussi tout au long des différentes périodes du développement ; en début d’année de crèche les moyens deviennent grands, leurs facultés et besoins évoluent).

Les frictions en jeu dans notre cas

La salle est très grande et peu encombrée malgré sa forte polyvalence. Elle fait office de dortoir, d'espace de jeux (symbolique et sensorielle), d’espace détente et d’espace moteur. Les enfants y déambulent, vont et viennent avec leur doudou. Ils sont souvent agités, se jettent sur les sièges, courent, beaucoup de pleurs et de disputes.

Salle non attractive : les jouets ne sont pas accessibles, il est interdit d’ouvrir les tiroirs sans autorisation.La structure toboggan est fermée, elle s’ouvre grâce aux agents au cours de la journée. La kitchenette est aussi fermée, il est rare qu’on l’ouvre, car “tous les enfants s’y jettent, ça crée des disputes”, en effet, il n’y a qu’un seul poste kitchenette pour toute la section.Pas de possibilité d’exploration, de découverte sensorielle ou de prise d’autonomie. Les esprits ne sont pas canalisés, s'échauffent et se frustrent. Évidemment, dès qu’un jeu est accessible il ne peut pas prendre en charge tous les enfants, donc retour des disputes.

Accès visuel et sécurité affective: deux meubles qui contiennent les jouets sont empilés. L’adulte ne peut ainsi pas occuper son rôle de phare car l’enfant n’a pas accès à son regard en tout lieux, sécurisant ainsi son exploration tout en invitant à l'autonomie. De plus, l'empilement rend indisponible les tiroirs aux enfants, privés de sollicitations et d'autonomie.

Manutentions douloureuses : Les professionnels semblent contrariés par les différents gestes de manutention. En effet, la pièce est multi-usage, à chaque temps elle se transforme, ce qui équivaut à mettre la vingtaine de lits, enlever les lits, mettre les tapis, les retirer, se baisser pour les enfants, se baisser pour ranger les petits jouets à ranger etc. Ces actions ne sont pas sans causer des douleurs physiques aux intervenants qui, de ce fait, sont réticents à sortir les jeux. Ces problèmes de manutention apparaissent dans les discours tenus au sujet des douleurs physiques, dans l’observation des jeux non sortis mais, aussi dans l'équipement des professionnels. En effet, tous disposent d’une pince rallonge pour agripper les choses sans se baisser.

kitchenette serpentine
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Prototypage

En stage où jusqu’à présent il n’y avait que des psychologues en poste, en politique publique qui plus est, et en deux mois pour quatres études et propositions différentes, il est toujours difficile d’avoir et de trouver les moyens de prototyper, c’est souvent le stagiaire étudiant qui doit financer les maquettes. Mais ce qui a freiné le travail de prototypage est surtout le public concerné. En effet, il fut incontournable pour ma réflexion de passer par là, c’est pourquoi j’ai réalisé un prototype en carton. Cependant, en vue des normes de sécurité et de la nouveauté dans le service de parler de “prototype”, il fut évidemment impossible de le tester auprès des enfants. Il aurait fallu un système bien plus solide car même si avec le carton nous pouvions tester l’expérience des imaginaires des enfants à l’oeuvre, nous ne pouvions pas prendre le risque qu’un des enfants monte dessus et tombe.

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